À l’approche de la sortie de Suzume, nouvelle proposition de Makoto Shinkai, qui débarquera dans les salles le 12 avril, et qu’on a déjà eu l’occasion de voir, on vous propose dix choses à en retenir, qui sont aussi dix raisons de le voir, évidemment sans spoil.
1°) C’est (déjà) un carton au box-office.
Si Suzume ne sort dans l’Hexagone dans près de 400 salles qu’à partir du 12 avril, la nouvelle proposition de Makoto Shinkaï fait déjà parler d’elle. Outre ses critiques dithyrambiques, ce sont ses résultats commerciaux qui laissent à penser que le millésime Your Name pourrait trouver une concurrence à sa hauteur.
En Corée du Sud, où Suzume a déjà dépassé les 30 millions de dollars de recette au début du mois d’avril, le film continue de balayer les autres blockbusters, à l’instar de la nouvelle installation de la franchise Donjons & Dragons, qu’il dépasse en étant déjà à sa quatrième semaine d’exploitation.
Le plus effrayant reste pourtant à venir, puisque si le successeur des Enfants du Temps peut se targuer d’avoir dépassé les 220 millions de recettes, il n’est sorti en salles que dans … sept pays (cette information était vraie le 2 avril, mais ne l’est plus depuis).
Un nombre à relativiser puisqu’un pays qui n’a eu que des avant-premières ne compte pas. Toutefois, le carton plein des avant-premières de Suzume laisse à présager un raz-de-marée pour le long-métrage.
Si l’on peut d’ores et déjà asserter que Suzume se fera une place dans le classement des plus gros succès de la japanimation, jusqu’où ira-t-il ? Un pronostic facile serait de l’estimer entre 380 et 500 millions de dollars.

2°) Et c’est mérité, le film est excellent.
Les spectateurs ne s’y sont pas trompés, Suzume est excellent et, une fois encore, la magie de Makoto Shinkaï prend. Dense, épique, sensible, mystique, le film est un melting pot d’émotions exacerbées, mais aussi de problématiques aussi intemporelles qu’universelles, à l’instar de la famille, du temps qui passe, du deuil ou encore du voyage initiatique.
Ce récit de la rencontre de Suzume et d’un voyageur à la recherche de portes, unis autour d’une malédiction surnaturelle causant des séismes est un bijou sous tous regards, à commencer par une animation (brillamment) assurée par CoMix Wave Films, partenaire historique de Makoto Shinkaï.
La critique complète arrivera d’ailleurs pour la sortie du film, le 12 avril.

3°) RADWIMPS et Makoto Shinkaï, ça fonctionne toujours à merveille.
Si l’on a tendance à évidemment retenir en premier lieu RADWIMPS comme uniques responsables de la bande-son de Suzume, c’est la voix de l’artiste Toaka qui figure sur le thème principal du film.
Le groupe de rock fondé en 2001 a également collaboré avec le compositeur Kazuma Jinnouchi (Metal Gear Solid 4, Halo 4 et 5, Detective Pikachu) pour accoucher d’une bande-son plus éclectique qu’à son habitude.
Là où Time for two est une balade romantique, nostalgique et bouleversante, on retiendra par exemple le très groovy Cat Chase, dont les dernières notes rappellent à s’y méprendre le générique jazzy du millésime Cowboy Bebop.
Le très populaire KANATA HALUKA rappelle quant à lui la bande-son de Your Name (logique, Yojiro Noda, vocaliste de RADWIMPS y livre des performances similaires) avec sa puissance émotionnelle caractéristique.
C’est ainsi une palette plus large qui est déployée pour la bande-son de Suzume, capable de jouer dans plusieurs registres afin d’éviter de s’enfermer dans un mélange de rock alternatif et de mélodrame.

4°) C’est beaucoup plus drôle que ce à quoi on pouvait s’attendre.
Si on connaissait surtout Makoto Shinkaï pour sa capacité à créer du pathos et à soutirer à ses spectateurs quelques larmes avec des dilemmes amoureux tout droit tirés de la tragédie grecque, ce dernier ne manque pas d’humour, a fortiori dans Suzume, qui fourmille de moments de pure comédie.
Si dans Your Name, il s’amusait de l’espièglerie de Taki se palpant la poitrine dans le corps de Mitsuha, Suzume propose un humour plus construit et plus facétieux.
Comique de répétition, sous-entendus grivois, on se prend souvent à rire de bon cœur, mais pas que. La puissance émotionnelle de Suzume est une déflagration. Le film en devient presque éprouvant tant il bouleverse.

5°) On s’éloigne (enfin) de Your Name.
Chaque nouveau film de Makoto Shinkai nous pose devant la même interrogation (non, il ne s’agit pas de savoir s’il est le nouveau Miyazaki, ne faites pas comme la presse française qui le harcèle avec cette question), est-ce meilleur que Your Name ?
Cette interrogation s’est forgée dans la carrière du réalisateur. Personne ne se pose la question de savoir si The Fabelmans est meilleur que Jurassic Park, parce que les deux propositions de Steven Spielberg n’ont rien en commun. Sauf que les films de Makoto Shinkai, à force d’avoir une ossature similaire, se retrouvent irrémédiablement en compétition.
Les Enfants du Temps, par exemple, a été jugé comme le successeur insuffisant de Your Name, à juste titre. Si le film était correct, il n’a semblé qu’un ersatz. Heureusement, ce n’est pas le cas de Suzume, qui trace son propre chemin et troque la romance contre la fantasy.

6°) Ça n’en reste pas moins très caractéristique du style de Makoto Shinkaï.
Rassurez-vous, si « le style Makoto Shinkai » vous a séduit, vous le retrouverez entièrement dans Suzume.
D’une part, parce que Makoto Shinkai ne sort pas de sa zone de confort en continuant de collaborer avec ses partenaires historiques. Comme nous l’avons déjà évoqué en amont, la bande-son est signée RADWIMPS, l’animation CoMix Wave Films, le chara design Tanaka Masayoshi, et Tanji Takumi officie quant à lui à nouveau comme directeur artistique (ces deux derniers rempilant ainsi après les deux derniers longs-métrages de Makoto Shinkai).
D’autre part, Suzume raconte toutefois quelque chose de nouveau dans la carrière de son réalisateur. Résolument moins tourné vers la romance (le kokoro battra, on ne se refait pas) et plus vers l’aventure et le fantastique, l’héritage de Makoto Shinkai est plus discret dans le film (mais tout de même présent).
Nous avons ainsi encore accès à une dépiction contrastée de la campagne et de la ville japonaises, une nouvelle fois nous suivons un jeune couple de protagonistes dont la relation est entravée par le fantastique, qui sert d’ailleurs toujours, d’explication à des phénomènes qui nous apparaissent naturels, en l’occurrence les séismes.

7°) C’est ce qui se rapproche le plus d’une actualisation du studio Ghibli.
Là où Suzume surprend, c’est qu’ironiquement, ça ressemble plutôt pas mal à du Ghibli. Avec la patte de Makoto Shinkai, évidemment, mais ce récit initiatique et aventureux d’une jeune fille au tempérament fougueux, contrainte de sauver un mystérieux garçon d’un maléfice en plongeant dans la mythologie japonaise rappelle à s’y méprendre au Château Ambulant ou au Voyage de Chihiro.
Une comparaison difficile à tenir sans faire la grimace tant le réalisateur de 50 ans a été comparé à tort et à travers au fer de lance du studio Ghibli, Hayao Miyazaki. Gageons au moins que la ressemblance va dans le bon sens, puisque ce dernier a souvent été synonyme d’une excellente exportation à l’international de la japanimation.
Suzume retire d’ailleurs de l’héritage de Miyazaki ( héritage est ici à prendre au sens large, puisque Makoto Shinkai n’a jamais déclaré s’inspirer de ce dernier) ce paradoxe fondateur : pourquoi des films s’adressant autant au public japonais parviennent-ils si bien à s’exporter à l’étranger ?
Si Miyazaki racontait dans Le Vent se lève l’histoire de Jiro, un ingénieur japonais de l’entre guerres confronté au séisme du Kanto ou à la Grande Dépression, Makoto Shinkai décide de revenir sur le séisme de 2011 en proposant une fin alternative à ces évènements.

8°) Notre espoir pour la japanimation aux Oscars ?
Ce n’est un secret pour personne, les Oscars sont pour la japanimation comme les voies du Seigneur pour les hommes, impénétrables. Les films d’animation sont d’ailleurs souvent si dépréciés qu’ils ne peuvent que concourir au sein de leur propre catégorie (« Animation is a medium, not a genre », Guillermo Del Toro).
La dernière occurrence d’une victoire de la japanimation aux Oscars (et la seule) est évidemment l’Oscar du meilleur film d’animation de 2003, remporté par Le Voyage de Chihiro. Depuis, on note quelques nominations à l’instar du Château ambulant en 2006 ou Miraï, ma petite soeur, en 2019.
C’est désormais majoritairement une compétition entre les monstres signés Pixar, Dreamworks ou Disney, qui laissent parfois de la place à quelques métrages ou studios exceptionnels (Cartoon Saloon n’a toujours pas eu l’Oscar qu’il mérite).
Si Suzume parvient à repousser les murs en termes de résultats commerciaux, peut-être fera t-‘il suffisamment de bruit pour réussir son braquage et repartir couvert d’or.

9°) Le règne de l’empire du Milieu.
Et justement, lorsque nous abordions de façon succincte le box-office, nous n’avons pas été tout à fait honnêtes. 220 millions de dollars au début du mois d’avril avec seulement 7 territoires déjà distribués, ça paraissait énorme.
Il y a en fait un truc. En Chine, le 2 avril, 10 jours après sa sortie, Suzume cumule plus de 80 millions de dollars de recettes selon Variety.
Dans la sortie internationale d’un film, la Chine est toujours une inconnue difficile à estimer. Les films y sortent parfois bien plus tardivement, nécessitent de faire des concessions ou d’être censurés (c’était le cas à propos de Fight Club, dont la fin sur les écrans chinois devenait hilarante de fascisme), et n’est pas Avengers ou Fast qui veut.
Si l’ascension de Suzume devrait commencer à freiner face aux sorties chinoises (le conte Hachiko, adaptation locale d’une histoire japonaise a déjà pris la tête du box-office lors de son démarrage), il est possible que le nouveau bijou de Makoto Shinkai tire plus de 100 millions de dollars au sein de l’empire du Milieu, de quoi sévèrement doper son box-office global.

10°) C’est (toujours) distribué par Eurozoom.
Suzume nous est amené par Eurozoom, une société de distribution connue pour avoir apporté depuis plus de deux décennies le fleuron de l’animation japonaise, mais pas que, sous l’impulsion d’Hélène Vasdeboncoeur (directrice de la distribution) et de la formidable Amel Lacombe (fondatrice et dirigeante).
Vous avez sans doute déjà vu des films estampillés Eurozoom, qu’il s’agisse de classiques (à l’instar de Summer Wars, Promare, Les Enfants loups, Ame et Yuki), de films de franchises (One Piece : Strong World, Sword Art Online : Ordinal Scale) mais aussi d’ovnis, tels qu’On-Gaku : Notre rock ! (un film génial, mais si confidentiel et bizarre qu’on est prêt à parier qu’il n’a pas ramené un euro).
La société de production peut d’ailleurs se targuer d’avoir largement participé à la découverte dans l’Hexagone, et à la popularisation d’auteurs à l’instar de Mamoru Hosoda. Elle « récupère » d’ailleurs Makoto Shinkai, dont elle avait distribué Your Name, mais pas Les Enfants du Temps.
Et c’est parce que cette importation de la japanimation ne tient qu’à un fil qu’il est déterminant de soutenir ces sociétés de production, qui ont mis en lumière des cinéastes, et qui doivent maintenant se battre pour les garder (face aux budgets d’autres sociétés de distribution plus opportunistes).
Si vous souhaitez soutenir Suzume et Eurozoom, une seule chose à faire, foncer dans les près de 400 salles où le film sera disponible à partir du 12 avril. En attendant, on vous laisse la bande-annonce.


Laisser un commentaire