Wish : critique (d’un accident industriel made in Disney)

Dire que Disney est dans une impasse est un euphémisme, tant d’un point de vue financier, créatif ou encore exécutif. La société aux plus de 800 productions affiche ainsi un historique affolant depuis plusieurs mois.

Des bénéfices petits comme ça ©Wish – Asha, la bonne étoile

Le « post-covid » a été un dédale de décisions contre-intuitives et parfois peu cohérentes (à l’instar de l’absence de sortie en salle de l’excellent Alerte Rouge). Entre absence de communication, direction artistique au rabais, ou repli des créations animées (les deux seuls projets animés annoncés officiellement sont les suites de Zootopie et deux volets de La Reine des neiges). Les mouvements rocambolesques à la tête des studios sont l’une des explications de ces stratégies court-termistes qui ont fait de Disney le mauvais élève de la gestion post-pandémique.

C’est dans ce contexte agité que Wish ambitionnait de fêter dignement le centenaire des studios en envoyant un message d’espoir aux aficionados de la firme aux grandes oreilles. Le film relatant la quête d’Asha pour sauver le royaume de Rosas et les voeux de ses habitants y est-il parvenu ?

Alors, est-ce que c’est bien ? ©Wish – Asha, la bonne étoile

Techniquement, Wish ne se distingue pas dans le bon sens du terme. Le cell shading (une technique de colorisation des modèles 3D pour leur donner un aspect cartoon) est exécuté correctement, mais rend l’ensemble terriblement terne, a fortiori pour un royaume enchanté où les voeux se réalisent grâce à la magie de son roi, Magnifico.

Et c’est là le piège du cell shading ; cette technique assombrit souvent les productions, qui doivent alors être dotées d’une palette colorée vive pour ne pas sombrer dans une bouillie sombre (ce que réussissait par exemple très bien Legend of Zelda, the Wind Waker). L’intention était limpide, il s’agissait de réunir 2D et 3D pour soutenir l’hommage aux productions iconiques de la firme. Résultat, ça n’a ni le soin d’une production vintage en 2D (à l’instar d’un Princesse Dragon d’Ankama Games), ni la précision ciselée des productions 3D récentes.

Après Wind Waker, Super Mario Galaxy ? ©Wish – Asha, la bonne étoile

En termes d’écriture, Wish ne donne pas non plus de quoi se réjouir. Asha est une héroïne vide de personnalité et de substance. Un archétype fonctionnel d’adolescente altruiste prête à tout pour sa famille et son royaume à propos duquel il est impossible de ressentir une quelconque empathie.

Magnifico paraît prometteur (et charismatique !) durant la première demi-heure du film avant de s’aplatir et de sombrer dans un manichéisme rance. Rien à signaler du côté des personnages secondaires, monolithiques et aussi excitants qu’une après-midi à remplir ses cotisations URSSAF. À noter que la version française ne permet pas d’apprécier le travail d’Ariana DeBose ou de Chris Pine, qui sont les deux seuls rameurs dans cette galère.

Tu ne nous auras pas, mignonne mascotte ©Wish – Asha, la bonne étoile

Wish mouille toutefois le maillot à essayer de référencer l’ensemble des grandes productions de Disney, souvent sans subtilité (un cerf qui se fait appeler Bambi, vous l’avez ?). Fatalement, toutes ces références appuyées renforcent l’envie d’interroger la comparaison. Wish est-il un héritier légitime à Peter Pan, Bambi, Cendrillon ?

Plus le film déroule son scénario linéaire et sans surprises, plus la réponse paraît évidente. Sans idée narrative forte ou quelconque retournement, le spectateur est laissé en proie à près d’une centaine de minutes abyssales où quelques chansons bien rythmées se battent pour sauver l’ensemble.

Note : 1,5/5. Convenu, désincarné, terne et en manque d’inspiration, Wish parvient plutôt bien à portrayer la firme de Mickey. Ses tentatives d’hommage aux classiques du studio ne font que flatter une comparaison à son net désavantage. Entre modernité et tradition, Wish parvient même à rendre légitimes les pires complaintes sur le cell shading, un exploit pas réalisé depuis près de deux décennies.

Si vous décidez de vous jeter dans la machine à miner les rêves nommée Disney, voici une bande-annonce pour vous en dissuader. Wish – Asha, la bonne étoile est en salles depuis le 29 novembre 2023.

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